La démocratisation.

Ce terme est le faux-amis du jour, que je vous propose de décortiquer un brin…

La démocratisation, c’est super! Qui pourrait être contre la prise du pouvoir par le peuple? Personne. Et, à la base, la démocratisation désigne la transition d’un régime de gouvernance vers un régime dit démocratique. Super, vraiment! (Je ne m’attarderai pas aujourd’hui sur le problème du mot « démocratie » qui recouvre en fait très généralement des oligarchies/ploutocraties. Passons.)

Mais ce mot a peu à peu été détourné de son sens initial. Désormais on fait de la « démocratisation culturelle » ou encore on peut dire des tablettes tactiles qu’elles se sont démocratisées. Attardons nous sur ces 2 usages…

« Démocratisation culturelle »…Intrinsèquement cela contient que la culture n’appartient pas initialement au peuple. Puisqu’il doit « prendre le pouvoir » sur la culture si on comprend bien… Ou/et que le peuple ne produit pas de culture….C’est pas mieux… Quand on se réfère à l’origine de ce qu’est la démocratisation culturelle, on retombe là dessus… À la suite de la seconde guerre mondiale, les pays riches se lancent dans la démocratisation culturelle, initialement dans un élan de démocratie tout court… Car pour que les citoyens exercent la démocratie équitablement, il faut qu’ils soient au même niveau de compréhension du monde. Et on  a imaginé que ce nivellement se ferait par le haut en cultivant les pauvres. Bon, pas de chance, les élites se cultivent aussi, voire, -quelles mauvaises graines!-  plus que les pauvres et les inégalités perdurent. (Voir pour cela l’excellente conférence Inculture 2 de Franck Lepage.)

Mais dans le modèle « Nivellement par le haut/démocratisons la culture », le rôle de l’état est aussi de favoriser (Merci Wikidemocratie) « la production culturelle en donnant son soutien aux activités artistiques.Toutefois l’action culturelle publique est centralisée. Tout ce qui a trait aux objectifs visés, au financement, aux normes de qualité, aux stratégies et secteurs d’intervention est déterminé par des groupes restreints de professionnels communément appelés les experts. » C’est pas moi qui le dit ce sont les gens de l’Université Laval, au Québec… Plus qu’une découverte en tous sens, telle que voulue par les encyclopédistes des Lumières, la culture que l’on finance aujourd’hui, que l’on produit et « démocratise », est orientée.

S’agit-il alors encore de culture? Ou plutôt de propagande? On aurait tendance à appeler culture les idées qui nous plaisent bien et propagande les autres…

Reste néanmoins que la démocratisation culturelle désigne en fait une politique de diffusion et pénétration d’idées. On est loin de la prise de pouvoir sur les idées par le peuple. On est même à l’opposé…

Le mot « démocratisation » et ses dérivés signifie donc de plus en plus « pénétration ».

C’est encore plus flagrant lorsque l’on parle de démocratisation en désignant des objets. Peut-on vraiment dire que la démocratisation des produits Apple est une prise de pouvoir du peuple sur Apple? Au regard de la politique « propriétaire » de la marque (Impossibilité d’installer des logiciels non approuvés, impossibilité d’aller fouiller dans le code des programmes pour savoir ce qu’ils contiennent, impossibilités de réparations, obligation de passer par Apple pour toute installation d’application, incompatibilité avec les systèmes des autres marques…), ça me semble même plutôt le contraire, encore une fois…

Démocratisation de Facebook, d’Apple, des tablettes tactiles, de la voiture, de la télévision… autant d’exemples qui me font dire que lorsque le monde de l’entreprise parle de démocratisation, elle entend « Taux de pénétration du produit dans la population »…

On ne dira donc plus « La démocratisation des tablettes tactiles sera la base de notre politique de démocratisation culturelle. » mais plutôt  » Nous voulons un fort taux de pénétration des tablettes tactiles dans notre population pour servir la propagation de nos idées. »

La démocratisation, c’est devenu la douce colonisation des habitats, des pensées et, plus largement, des gens… Ce n’est plus une prise de pouvoir mais une concession de celui-ci…

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