« Comment violer une meuf en 3 questions… »

En ce moment une vidéo reçoit un écho relativement important sur Internet. Elle s’intitule « comment choper une inconnue en 10 secondes ». On n’y voit en effet un jeune homme, par ailleurs animateur radio, qui parvient à embrasser, à la chaîne semble-t-il, des femmes de la rue après leur avoir posé seulement quelques questions. Pas besoin de connaître la vidéo. En voici le scénario, il est quasiment toujours le même.

Le célèbre "Baiser volé" dont on sait maintenant qu'il était effectivement obtenu de force par le marin...

Le célèbre « Baiser volé » dont on sait maintenant qu’il était effectivement obtenu de force par le marin…

Le jeune homme est dans un espace public assez dégagé mais très proche de la jeune fille. Il commence :

Lui : Bonjour mademoiselle, je peux vous poser trois questions ?

Elle : Euh… Oui…

Lui : vous avez un copain ?

Elle : (Réponse de la jeune fille « oui » ou « non »)

Lui : Et vous me trouvez comment ?

Elle : Ben.euh…ça va quoi

Lui : bah, alors pourquoi tu m’embrasses pas ?

Et il l’embrasse.

Voici ce que j’y vois à travers les grilles de lecture de mes propres techniques thérapeutiques…

Pour commencer le jeune homme est dans la bulle proxémique de la jeune fille. Ça a deux intérêts pour lui. Si elle l’accepte dans sa bulle proxémique d’intimité, c’est-à-dire à une distance  maximum de 50 cm devant et 10-20 cm sur les côtés, et qu’elle ne recule pas pour régler sa distance, c’est déjà un indicateur de « bonnes » pré-dispositions.

Et si elle le fait, le jeune homme peut s’arrêter tout de suite et passer à la suivante sans avoir pris le moindre risque.

Première question : Bonjour mademoiselle, je peux vous poser trois questions ?

Ce n’est pas « Est-ce que je peux vous poser une question ? », qui signifie, en fait, qu’on a l’intention d’en poser plusieurs, en nombre indéterminé et qui peut faire plus peur qu’autre chose. C’est trois, c’est précis, presque contractuel, on peut se sentir libre de ne pas répondre à la quatrième et en même temps c’est assez peu, c’est assez peu engageant. Donc cela force le « oui ».

Voilà ce que l’on appelle un pied-dans-la-porte, une première réponse positive qui aura pour effet d’augmenter les chances que l’on n’accède positivement à la suivante. Cela crée de l’engagement.

Et la deuxième question est carrément plus osée : est-ce que vous avez un copain ?

C’est presque une porte-au-nez, une intervention tellement grosse que l’on sera soulagée de répondre positivement à la suivante. En tout cas, cela agit comme une interruption de pattern, une interruption du schéma « habituel » de fonctionnement. Quand un inconnu vous aborde dans la rue, la première question qui vous pose, selon ce qui est socialement admis, ne porte pas ouvertement sur votre vie privée. En face la victime est confusionnée… Et quel que soit ce qu’elle répond, c’est gagné… Si elle répond oui, elle file dans la lancée du pied-dans-la-porte. En PNL, c’est ce que l’on appelle un Yes set. Une suite d’acquiescement qui ne peut que se poursuivre par un acquiescement. Une escalade d’engagement. Et si elle répond non, elle signale, au moins sur un certain plan, sa « disponibilité ».

Troisième question : Et vous me trouvez comment ? Même mécanisme que précédemment. Porte au nez encore plus grosse. Confusion. Difficulté sociale à répondre « Vous êtes un laidron », surtout après une telle suite de réponse positive.

Dernière question :  Alors pourquoi tu m’embrasses pas ?

Ce n’est plus une porte-au-nez, c’est un pont levis qui tombe sur la fille, en même temps que le gars, au moment où elle ne sait plus où elle en est, ni si elle est d’accord ou pas. On remarquera la formulation de la question. Il ne s’agit pas d’une demande de permission de la part du jeune homme, du type « alors est-ce que je peux vous embrasser ? ». Question à laquelle la réponse est très simple, oui ou, bien plus probablement, non. Le pourquoi incite à trouver une raison argumentée, ce qui laisse une fenêtre de confusion beaucoup plus longue. Il ne s’agit pas non plus de « Pourquoi je vous embrasserais pas ? », bien trop riche en conditionnel…. L’inconscient ne comprenant pas la grammaire des négations « Pourquoi tu m’embrasses pas ? » contient ainsi une suggestion directe camouflée qui est « tu m’embrasses.» et est plutôt perçu comme « Pourquoi tu m’embrasses ? » Ce qui suppose que c’est en train de se produire. Et qu’en plus c’est la fille qui le ferait. Dans la confusion du moment, ce « Qui fait quoi pas moi c’est toi ou moi ou toi? » passe carrément.

On remarque que la vidéo en question ne montre pas beaucoup d’échecs. Il y en a forcément eu en quantité parce que le c’est quand même techniquement pas si simple… C’est bien dommage qu’ils n’aient pas été montrés. Ça m’aurait fait du bien de voir en détail le double fond de la transaction sauter et ce type se prendre quelques baffes bien méritées… Pas très humaniste mais vaccinant pour ceux qui se mettraient en tête d’essayer en l’état. Mais pour les assumer, il faudrait un peu plus d’honnêteté, ce qui n’est peut-être pas le fort d’une personne qui se lance dans ce genre d’utilisation des techniques d’influence…

Dans un autre style, en beaucoup moins machiste et beaucoup plus hypnotique, et où le risque pris est bien plus directement assumé par le manipulateur, voici un PNListe qui parvient à éviter la prune rien qu’en adaptant sa communication au policier d’en face.  Il montre bien à la fin les prunes qu’il n’a pas réussi à éviter lors de ses tentatives précédentes. Moins fanfaron, plus honnête, plus digne de visionnage et de retentissement…

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