Restons simples

Article publié auparavant sur le site de Et Faits Planète, en date du 2 février 2013.
Je ne sais pas si c’est moi, mais j’ai l’impression que nous entretenons une certaine curiosité pour la ruine…

De l’empire romain jusqu’à l’épave du Titanic, les géants déchus nous fascinent. Est-ce leur grandeur ? Est-ce leur déchéance ? Qu’est-ce qui nous pousse à porter notre attention sur la puissance mise à bas ? Je ne sais pas… Peut-être est-ce une curiosité morbide… Une manière de se rassurer, de se dire que nous sommes à l’abri de cela… Au contraire, une manière de se faire peur…

Car s’il est une chose qu’elles nous apprennent, c’est que rien n’est à l’abri de l’effondrement. Pire, que plus haute a été l’ascension, plus dure est la chute, plus soudain est le retour à l’humilité. Les dinosaures ont beaux avoir régné sur la terre pendant des dizaines de millions d’années, il aura suffi d’une météorite et de quelques années sans Soleil pour les dégommer. Le Titanic avait beaux être insubmersible, il aura suffi d’un autre caillou, de glace celui-ci, couplé à l’excès de confiance de son capitaine, pour qu’il coule. Une météorite, un iceberg, un grain de sable… Un grain de sable encore qui transforme Pripiat,ci contre, la ville près de Tchernobyl en un d’enfer nucléaire où la radioactivité est telle qu’elle ne laisse que quelques heures aux rares photographes qui s’y aventurent pour nous en rapporter une image fantomatique. Et que dire de Prora, ci dessous, la gigantesque station balnéaire construite de toutes pièces par les nazis et qui n’est plus maintenant qu’un long alignement d’immeubles en béton gris, squelette fossilisé d’un dinosaure de propagande.

Les Grecs avaient un concept pour parler de la démesure, l’hybris. Et cet hybris était un des plus grands pêchés possibles. Il qualifiait la faute de ne pas avoir su s’arrêter à temps, d’avoir perdu sa modération, être allé trop loin. Icare trop près du Soleil, Midas trop avide, Méduse trop belle, trop, trop, trop… Mais la soeur de Hybris est Némésis, la vengeance, la colère des Dieux. La démesure entraîne un retour de bâton d’ampleur comparable. Méduse y laisse sa beauté, transformée en un monstre pétrifiant, Icare y laisse sa vie Midas, celle de sa famille.

Ainsi, de notre fascination pour la ruine des géants, il serait utile que nous tirions des leçons. George Bush avait beau avoir créer le « Too big to fail » (littéralement  « trop gros pour échouer », trop imposant pour faire faillite.) en guise de justification pour sauver des banques mastodontes, cela n’existe pas. C’est se bercer d’illusion, d’un contre-sens historique. Même avec des étais, des renforts, des contrefort et des pansements, les murs finissent toujours par tomber. D’autant plus haut qu’ils ont été montés.

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