Ne pas avaler la crise. Peut provoquer une commode insensibilité.

(Voici un article qui ne sera jamais publié dans Siné-Hebdo, bien que je me destinais bien pompeusement à une carrière de chroniqueur bénévole pour ladite publication… (« Je me voyais déjà en haut de l’affiche » Air connu) Publication qui conserve, of course, toute ma sympathie.)

Ah, la crise ! On nous en rebat les oreilles. Et qu’est-ce qu’elle est vite passée dans le langage courant. Quoi de plus normal : n’y a-t-il pas dans le mot crise une notion de soudaineté, de brièveté ?

Or, ce que l’on appelle « crise » ne se terminera sans doute jamais, puisque la  » crise », c’est l’état dans lequel est passé le monde… Oui, il y a bien eu cette histoire de bourses qui ont chuté parce que ça commençait à chauffer au dessus (Ces histoires de bourses qui montent et qui descendent en fonction de la température des marchés, ça a beau être éculé, ça me fait toujours rire…) mais ensuite… Les bourses ont chuté et le bruit que les grelot ont fait en tombant ont réveillé ceux qui ne s’étaient rendus compte de rien et donné des alibis à d’autres. Mais le fonctionnement du monde vu de chez nous: Productions délocalisées à l’autre bout de la Terre (Merci les transports qui ne coûtent rien….) et donc sous qui sortent, sans rentrer plus, l’obligation d’emprunter à des banques privées (Merci le traité de Lisbonne…) ce n’est quand même pas arrivé en 15 jours d’octobre 2008. Si ? Bon alors, crise, déjà rien que pour ça, on évitera d’avaler.

De plus dans l’expression « sortir de la crise », si chère à nos gouverneurs, n’y a-t-il pas l’idée de retourner à l’état précédent?

Et si je me réfère à mes connaissances en biologie, une crise n’a jamais été suivie d’un retour à ce qu’on avait précédemment. La crise biologique de quelques années qui a vu la disparition des dinosaures ne s’est pas terminée par leur retour… Mais plutôt par l’arrivée de ces petits opportunistes de mammifères. (Ouais, c’est nous…)

Ce que nous vivons, les manœuvres politiques et financières actuelles ce ne sont donc pas des pansements mais des jambes de bois… Il ne s’agit pas de retrouver un état antérieur, mais bien de s’adapter pour négocier le passage à un état postérieur différent. La  «  crise » ne s’arrêtera donc, jamais…Sa simple invocation pose même maintenant problème…

Car l’utilisation des expressions qui lui sont liées autorisent les plus grandes réformes libérales entreprises depuis longtemps : Quelle personnes censée refuserait de sortir de la crise ? Qui oserait s’opposer à des mesures permettant de sortir de la crise ? Ainsi, au nom de la sortie de crise, les gens sont prêts à accepter beaucoup plus que ce qu’ils auraient été prêts à accepter avant. Relire « La stratégie du choc » …

La question importante, c’est : quelle réforme voulons nous? Selon quelle philosophie voulons nous que le monde se  développe? Et prendre le temps de réfléchir à ces questions est difficile dans un contexte d’urgence.
Ce qui est un autre avantage de l’utilisation du champ lexical de la crise.

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