« Il faut désormais un référendum sur l’Europe »

Aujourd’hui, je publie la traduction (Une exclusivité! Faite maison par L.R…) d’un article paru dans « Il Fatto Quotidiano », un journal indépendant italien (Pas de financement public, le journal appartient aux journalistes qui y écrivent). L’auteur est Salvatore Cannavò, un gauchiste plutôt rouge. L’article original est ici.

Certains détails de situations précises vous échapperons peut-être mais je voulais publier cet article pour 2 raisons.

1) Le fait de départ illustre bien ce que les tenants de Milton Friedman tâchent de faire actuellement. C’est un complément à l’article d’hier.

2) Je trouve que certaines conclusions de l’article sont tout à fait intéressantes et font un écho particulier au compte rendu du conseil municipal de ma ville, que j’ai reçu aujourd’hui…

La lettre de la BCE [Ndlr :adressée à l’Italie]publiée par le Corriere della Sera est vraiment éclairante car, en plus des contenus économiques et sociaux, elle pose un grand problème de démocratie. Il faut d’abord éviter un écueil: « Puisque la lettre tance un gouvernement imprésentable, celui de Berlusconi – le pire gouvernement de l’histoire républicaine – alors cela signifie qu’ils ont raison. » Les technocrates européens, Trichet [Ndlr :actuel président de la BCE, français]et Draghi[Ndlr :futur président de la BCE, italien]à l’occurrence, ne se limitent plus à donner des leçons à l’Italie mais font devéritables diktats. La lettre, au contraire, est paradoxalement pire que la loi de programmation économique, déjà très dure, approuvée en août par le gouvernement. Lequel, évidemment, a tout fait pour obéir à la BCE mais a, aussi, dû tenir compte de son électorat.

La lettre est un manifeste libérale d’une dureté inhabituelle. Elle demande, en effet, des mesures qui n’ont pas encore été approuvées, telle que la libéralisation totale des services publiques locaux, en méprisant le référendum du printemps dernier qui a rejeté la privatisation de l’eau ;  elle intervient sur le marché du travail avec une ingérence inouïe sur le plan des relations syndicales, en donnant des avis sur l’accord du 28 juin [Ndlr : Un accord entre l’équivalent du MEDEF et les syndicats] et sur la nécessité d’augmenter ultérieurement la flexibilité du travail ; elle arrive à proposer une révision des lois qui régissent embauches et licenciements (mesure rapidement acceptée par le ministre du travail avec l’art. 8 de la loi) ; elle demande de pousser plus loin la réforme des retraites ; finalement, elle va jusqu’à conseiller non seulement le non-renouvellement des fonctionnaires partant à la retraite mais la réduction des salaires publiques, parmi les plus bas en Europe, comme il a été déjà fait en Grèce.

En revanche, elle ne dit rien au sujet des rentes financières, des grands patrimoines, de l’évasion fiscale. Une omission qui en dit beaucoup sur les intentions de l’actuel et du futur président de la Banque centrale européenne. Lesquels s’inquiètent de rassurer les marchés, c’est à dire les coffres des grandes banques, assurances et sociétés financières, remplis de titres de la dette italienne et qui craignent même la plus petite forme de défaut de paiement. Il est frappant, entre autre, que la personne qui conseille de réduire les retraites et les salaires publiques soit un homme qui, en tant que président de la Banque d’Italie, reçoit une abondante pension publique de plus de 14’000 euros brut par mois.

La lettre de la BCE n’est donc pas qu’une lettre d’intentions, un conseil affectionné à un gouvernement de l’Union, mais un manifeste-choc qui ne tient pas compte des leçons des vingt dernières années – toutes au nom de la flexibilité du travail, des coupures des retraites, du gel des salaires, avec les résultats que nous connaissons – et doit nous faire réfléchir sur le futur qui nous attend, même après une fin éventuelle du gouvernement Berlusconi. Il est clair, en effet, qu’un probable gouvernement d’externes ne pourrait fonder son action économique que sur ce genre de mesures et sur le rapport directe avec la Banque centrale. Les préoccupations « du bon père de famille », Giorgio Napolitano[Président de la République italienne, ex-communiste], ne vont-elles pas dans ce sens-là ?Quedisent le Parti démocrateetsesalliés ?

Mais la lettre pose aussi un problème très sérieux de démocratie. Qui décide de notre futur, de notre vie, de nos conditions sociales ? Ni Trichet, ni Draghi, ni la Commission européenne ne sont l’expression du vote populaire. L’Union européenne est une structure non-démocratique qui, sans se préoccuper de cette condition, prétend s’imposer comme acteur politique sur les gouvernements et les parlements nationaux. Cette contradiction s’exprime d’une façon évidente dans la lettre, sur la question des services publiques locaux : la BCE en demande la privatisation alorsque la majorité absolue des citoyens italiens vient de s’exprimer pour qu’il restent publiques.

Il ne s’agit pas d’opposer une souveraineté nationale abstraite à une technocratie européenne, comme le voudrait le ministre des finances quand il soutient [Ndlr :pour des raisons extrême droitisantes] la candidature de Vittorio Grilli à la Banque d’Italie. Il s’agit de discuter sérieusement de démocratie. Et aujourd’hui nous avons deux choix : soit nous réalisons une Union européenne vraiment démocratique, avec un Parlement et un gouvernement central qui répondent directement au corps électoral, soit les peuples européens n’auront d’autre choix que de ne pas se reconnaître dans la technocratie. Et pour faire ce choix il n’y a pas d’autre voie que le référendum, dans les formes autorisées par les lois actuelles, même simplement consultatif. Mais un référendum pour essayer de choisir vraiment notre futur.

Cette « délocalisation » des décisions des instances élues vers les instances nommées/sans opposition/à opposition choisie me semble de plus en plus fréquente et pas seulement au niveau des états. En effet les « communautés de communes », « Agglo », « Métro » et autres « Syndicats mixtes », fleurissent depuis une dizaine d’années et sont autant de lieux de pouvoir répondant à la définition ci-dessus.

Je vais citer le compte rendu dont je parlais au début, celui, fait par l’opposition, du conseil municipal bonnevillois du 29 septembre 2011…Extrait…

Périmètre de transport urbain, création du SM4CC [Ndlr : Syndicat Mixte…], modification des statuts de la CCFG [Ndlr : Communauté de Commune…] :

Rien que le titre de cette délibération montre la technique d’amalgame de M.Saddier : sous prétexte de transports en commun, il nous faudrait accepter de voter l’article suivant qui vaut le coup d’être cité en entier, tant il démontre la volonté de M.le Maire de Bonneville de retirer au conseil municipal ses prérogatives. Il préfére la CCFG, plus tranquille pour lui, où les conseillers ne sont pas élus directement par la population.

Voici donc cet article :

« Dans le cadre de l’exercice des ses compétences, , et conformément à l’article …la communauté de communes peut décider de créer ou d’adhérer à un syndicat mixte sans qu’il soit nécessaire de recueillir l’accord des conseils municipaux des communes membres. «

Nous avons toujours défendu les transports en commun mais ici , on nous proposait, en un vote bloqué, d’approuver un périmètre et une perte de compétence du conseil municipal.

Nous avons voté contre cette délibération car, outre cette perte de compétence, le périmètre qu’on nous proposait pour ce syndicat de transports excluait le secteur de Cluses, ce qui est le résultat de la « guerre des chefs » à laquelle participe en première ligne notre Maire et qui est une absurdité par rapport aux déplacements dans notre vallée.

(Le reste du compte rendu est ici.)

Alors non seulement il va falloir militer pour que les gens aillent voter, mais en plus, il va falloir faire en sorte que leur vote aient un intérêt… ça se mord un peu la queue…

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